Mars 2026

 
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LE REVEIL DU PRINTEMPS


 
Jusqu’ici, le printemps s’était caché, du moins c’est ce qu’on disait au village, se désolant. Mais j’ai fini par le trouver, par hasard et sans plus y croire, blotti dans les branches du cerisier. Je l’ai vu, comme je vous vois, dormant encore, les yeux fermés, les paupières blanches de givre.

J’ai soufflé doucement sur le printemps endormi, comme pour le rendre à la vie, faisant fondre en larmes chaudes la glace qui l’emprisonnait. Première giboulée de la saison.

Levant les bras au ciel, le printemps s’est étiré, tout étonné d’être ainsi réveillé. Il a tourné sa tête de brouillard à droite puis à gauche, comme s’il découvrait le monde. C’était pourtant vrai : les bourgeons s’attendrissaient déjà dans les ramures, les mésanges s’ébattaient joyeusement en piaillant au-dessus des haies. Et les premières fleurs, premières couleurs, dans le gris de l’hiver qui s’enfuit ! Et les premiers rayons de soleil, premières lumières sur l’herbe qui verdit ! Et les premiers papillons, premières fleurs jetées au visage du vent !

Eh oui ! Il était temps ! Pour un peu le printemps ratait son entrée.

Alors je jette aux orties ses vieilles frusques d’hiver : feuilles mortes, pétards mouillés, écharpe de brume, gants de neige et culotte de velours. Et plus rapide qu’une averse de mars, de peur qu’ainsi tout nu il n’attrape la mort, le revêts de ses nouveaux habits : drap vert des prés, ceinture jaune vif des colzas, chapeau bourgeonnant en équilibre sur sa tête, bottes de nuages à ses pieds, qui le font léger, léger…

Si léger, qu’en un coup de vent le voilà parti. Et il ne m’a même pas dit merci !


Guy ROBERT- Copyright Linutil - Mars 2026
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