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| Claude Monet a souvent peint
ses thèmes par série de plusieurs toiles. On citera, par
exemple, Les Meules, la Cathédrale de Rouen, le Parlement de Londres.
Il s’agit de saisir le sujet à différentes heures du jour,
sous différentes lumières. La plus célèbre
de ces séries demeure celle des Nymphéas.
Dans les trente dernières années de sa vie, Claude Monet s’y consacre presque exclusivement. Il en a trouvé (on pourrait dire « préparé ») le modèle dans les bassins de son jardin de Giverny, en détournant le cours de l’Epte, petit ruisseau qui coule en bordure de la propriété, et en y implantant plusieurs colonies de nénuphars.
Monet commence cette série de tableaux dès 1895 : il en signera plus de 250 ! En 1910, le peintre-jardinier agrandit le bassin des Nymphéas. Parmi ces nombreuses toiles, les plus spectaculaires sont celles exposées dans les 2 salles qui leur sont dédiées, au Musée de l’Orangerie, à Paris. Monet commence à les peindre en 1914, alors qu’il souffre déjà d’une double cataracte. La particularité de cette œuvre réside d’abord dans ses dimensions, « Sixtine de l’Impressionnisme » comme le dira le peintre André Masson. Monet a peint 8 toiles de 2 mètres de hauteur chacune et de longueur variable (de 6 à 17 mètres !), soit une surface totale d’environ 200 m2. Les toiles sont réalisées sous forme de diptyque ou de triptyque, comme sur la photographie ci-dessous, où l’on voit Monet poser devant un de ses panneaux en cours d’achèvement.
Monet s’engage à céder cette œuvre à l’Etat et c’est son ami Georges Clémenceau qui règle les détails de l’opération. Les plans du musée et de l’agencement des salles devant recevoir les toiles de Monet sont l’œuvre du peintre et de Clémenceau. Et c’est encore Clémenceau qui persuade Monet, presque aveugle, de se faire enfin opérer de la cataracte. L’artiste va pouvoir ainsi terminer son projet. Malheureusement, il meurt en décembre 1926, à l’âge de 86 ans, sans avoir pu inaugurer l’exposition de ses Nymphéas à l’Orangerie, exposition qui ouvre au public quelques mois plus tard. A l’Orangerie, les toiles sont exposées dans 2 salles ovales, sans angles ni recoins, baignées par la lumière naturelle tombant de la verrière zénithale et dans une atmosphère de recueillement silencieux, autant que peut l’autoriser le flot incessant des touristes.
Les toiles suivent la courbe des murs, permettant au regard de les parcourir, d’aller de l’une à l’autre, sans obstacles ni rupture. Un peu comme le soleil parcourt le ciel ; un peu comme passent les saisons.
Si l’on reconnait certains
éléments du jardin peints par Monet, comme les nénuphars,
le tronc des saules, les herbes baignées de soleil, le peintre a
poussé parfois l’étude de la lumière jusqu’à
l’abstraction et c’est en cela qu’il reste indémodable, universel
et proche de nous.
Perfectionniste et assailli par le doute, Monet repousse chaque jour la livraison de ses panneaux, les retouchant sans cesse. Si l’acte de donation est bien signé dès avril 1922, Monet conservera par devers lui, jusqu’à sa mort, les toiles qu’il considère comme inachevées, malgré l’insistance amicale et éclairée de son ami Clémenceau. C’est ce dernier qui présidera à l’accrochage définitif des œuvres selon les dernières volontés du peintre. On peut dire que les Nymphéas sont également en partie son œuvre. Etrangement, lors de l’ouverture des salles des Nymphéas en 1927, le public bouda l’exposition. Il est vrai qu’à cette époque l’impressionnisme n’est plus vraiment à la mode, supplanté dans le cœur des critiques par le fauvisme, le cubisme…
Les Nymphéas – Le matin aux saules (Musée de l’Orangerie) Il faudra attendre la fin de la seconde guerre mondiale et l’engouement américain pour que l’on reconnaisse Monet comme le père de la peinture moderne et l’initiateur de l’abstraction qui occupe peu à peu les cimaises newyorkaises.
Les Nymphéas – Soleil couchant (Musée de l’Orangerie)
Depuis, le succès ne s’est jamais démenti. Preuve en est le nombre de touristes qui se pressent tant à l’entrée de l’Orangerie qu’aux portes des jardins de Giverny.
Reflets du ciel dans le Bassin aux Nymphéas de Giverny
Pour approfondir et compléter ce rapide aperçu des Nymphéas de Monet, nous vous conseillons une petite visite sur le site officiel de l’Orangerie : https://www.musee-orangerie.fr/fr/collection/les-nympheas-de-claude-monet Outre des indications précieuses sur les toiles exposées, vous pourrez y effectuer une visite virtuelle des 2 salles des Nymphéas, sans faire la queue et sans touristes ! (Voir ci-dessous)
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