Septembre 2026

 
Les autres N°


Notre étoile


Je suis assis sous les noisetiers, sirotant - avec modération - un sancerre bien frais. Au-dessus des arbres, le ciel est blanc de chaleur, sans un souffle de vent. « Canicule sur toute la France » dit-on au journal télévisé. Le soleil brûle sur la terre immobile. Immobile, la Terre ? Assis dans mon fauteuil à l’ombre, je pourrais le croire ! et pourtant…

1. Une ronde folle

Nous, les humains, et tous les autres habitants de la Terre, sommes emportés à grande vitesse dans une ronde folle, sans que l’on ressente le moindre mouvement. On peut juste constater notre déplacement en observant la course du soleil et des étoiles, la succession des saisons. La Terre tourne sur elle-même, comme une toupie ou un gyroscope, tout le monde sait ça, et effectue un tour complet en 24 heures. Ce qui représente une vitesse d’environ 1.700 km/h. Ça décoiffe ? Même pas ! Grâce à la pesanteur, tout tourne en même temps, la masse de la Terre, ce qu’il y a au-dessus, ce qu’il y a en-dessous, l’atmosphère, les nuages et nous avec. Nous n’avons donc aucune sensation de déplacement.

La Terre, tout en tourbillonnant comme une folle autour de son axe, effectue le tour du Soleil en une année, à une vitesse proche des 30 km/s (soit 108.000 km/h). Mais ce n’est pas fini… Le Soleil, et tout le Système Solaire avec lui (dont notre chère vieille Terre) fait le tour de la Galaxie (que l’on nomme « Voie Lactée ») en… 250 millions d’années, soit une vitesse de
220 km/s ou 792.000 km/h ! Il y a de quoi être étourdis, non ?

Depuis sa naissance, il y a 5 milliards d’années, le Soleil a fait ainsi 20 fois le tour de notre galaxie. D’après les experts, il ne lui reste « plus » que 20 tours à boucler avant son extinction. Il en est donc à la moitié de son existence… ce qui nous laisse un peu de temps avant le feu d’artifice terminal ! Faut dire que nous, les terriens, sommes relativement jeunes par rapport à tous ces événements, l’Homme étant apparu sur Terre à la toute fin du 20ème tour galactique de notre Soleil !... Et il semble établi que nous n’assisterons pas au dernier tour… 

Le manège s’arrête-t-il là ? Point du tout. Car l’ensemble de notre galaxie, avec le Soleil, la Terre et nous, filons à plus de 600 km à la seconde (soit 2 millions de km/h) dans le vide sidéral, vers la Galaxie d’Andromède, avec laquelle elle fusionnera dans quelques milliards d’années.
Mais revenons à notre cher Soleil…



2. Une étoile comme les autres


Le Tournesol, fleur dite également « soleil », est à l’image de notre astre,
tel qu'on le symbolise habituellement : jaune avec des rayons.

Notre Soleil est une étoile banale, dite de type « naine jaune » comme 10% des étoiles de la Voie Lactée.

110 fois plus volumineux que la Terre, le Soleil se situe à 150 millions de kilomètres de chez nous et à 26 000 années-lumière du centre galactique. 

Petit rappel pour les astronomes en herbe : une année-lumière est la distance parcourue par la lumière en une année, à raison de 300.000 kilomètres à la seconde, soit 9.500 milliards de kilomètres. Ouf !

Constitué principalement d’hydrogène et d’hélium, le Soleil rassemble à lui seul 99% de la matière contenue dans le système solaire. Au centre de l’astre, on trouve le noyau (ou « cœur »). La température, qui y est de 15 millions de degrés, et la pression énorme qui y règne, produisent une fusion nucléaire transformant l’hydrogène en hélium. Notre Soleil est donc un gigantesque réacteur nucléaire. Chaque seconde, 620 millions de tonnes d’hydrogène sont converties en 615 millions de tonnes d’hélium. Dans cette opération, la disparition de matière (5 millions de tonnes) produit l’énergie solaire qui, traversant les différentes couches du Soleil, s’échappe dans l’espace sous forme de lumière, de chaleur et autres rayonnements. Le voyage de ces particules depuis le cœur jusqu’à la surface du Soleil prend entre 10.000 et 170.000 ans !

A la surface du soleil, région que l’on nomme « photosphère », la température est de 5.500°. Lors des éclipses totales de soleil, on peut observer la « couronne solaire » qui entoure le Soleil et dont la température atteint le million de degrés. Au-delà, c’est « l’héliosphère » dans laquelle baigne tout le système solaire et qui s’étend jusqu’aux confins de celui-ci.



3. Ombres et Lumières
 
Sans le Soleil, notre planète serait plongée dans l’obscurité sidérale et le froid (température proche des -273° !). C’est au Soleil que l’on doit la vie sur Terre, la lumière et la chaleur, notre existence.
Mais toute pièce a son revers… Tous les 11 ans environ, le Soleil connaît une phase de plus grande activité. Il se produit alors à sa surface d’immenses et violents orages magnétiques que l’on appelle « éruptions solaires » ou, improprement, « tempêtes solaires ».
 
 
 
 
 

Ci-contre, photo prise par la Nasa (1973) depuis la station américaine Skylab. L’arche générée par l’éruption solaire à la surface du Soleil a une largeur dépassant la distance Terre-Lune.

Ces phénomènes sont à la taille de l’astre : gigantesques et parfois apocalyptiques. Car ces éruptions solaires ne sont pas sans conséquences sur notre bonne vieille planète. Elles perturbent le champ magnétique de la Terre, l’effet visible en étant une recrudescence des aurores boréales et australes, mais menacent également les réseaux électriques, le guidage des satellites… Certaines particules sont dangereuses pour les pilotes et les astronautes et font l’objet d’une surveillance régulière de leurs effets sur la santé de ces professionnels. Nous avons déjà frôlé plusieurs fois la catastrophe :

 - En 1859, une éruption solaire dite « événement de Carrington » provoque une panne générale dans les lignes du télégraphe de l’époque et allume même des incendies dans quelques postes télégraphiques. Les puissantes aurores boréales générées par cette tempête solaire auraient permis de lire le journal en pleine nuit !

 - Le 23 juillet 2012, une tempête solaire majeure s’est produite, la plus importante depuis 150 ans (mais la NASA ne le révèlera que 2 ans plus tard !). Heureusement pour nous, la Terre n’avait pas encore atteint la région de l’espace touchée par le phénomène (il s’en est fallu d’une petite semaine). Dans le cas contraire, touchées de plein fouet, les infrastructures électriques et informatiques du globe auraient été entièrement détruites. Selon l’Université du Colorado, cette formidable tempête aurait pu « renvoyer la civilisation au XVIIIème siècle. » Catastrophe ou chance d’un nouveau départ ?



4. Tout a une fin

Comme on l’a dit plus haut, le Soleil est né il y a environ 5 milliards d’années, l’univers en comptant 14. La Terre s’est formée peu après, puis il y a seulement 300.000 ans est apparu l’Homo Sapiens, notre ancêtre direct. Nous sommes donc les derniers arrivés dans le paysage. Nous baignons dans le rayonnement solaire depuis notre naissance et vivons de lui. Pas étonnant donc que nombre de civilisations aient fait du Soleil leur dieu tutélaire. Mais comme tout organisme vivant, le Soleil possède en lui le principe de son existence et la cause de sa propre disparition. Plutôt que mort du Soleil devrait-on parler de transformation…

Quand le Soleil aura épuisé toutes ses réserves d’hydrogène, dans 5 milliards d’années environ, le cœur de l’astre va s’effondrer sur lui-même, tandis que les couches externes gonfleront et avaleront les planètes les plus proches : Mercure, puis Vénus. Depuis longtemps, la Terre ne sera plus qu’un désert calciné. Les couches du Soleil seront éjectées dans l’espace, le Soleil devenant une nébuleuse planétaire. Un peu plus tard, le cœur effondré du Soleil se contractera encore davantage, se transformant ainsi en une naine blanche, corps céleste très dense (une tonne au centimètre cube !). Cet astre demeurera ainsi quelques milliards d’années, éclairant de plus en plus faiblement un monde dont toute vie aura définitivement disparu.



5. Retour sur Terre

Me serai-je assoupi dans mon fauteuil sous les noisetiers ? J’ai rêvé que le soleil s’éteignait. Mais c’est seulement un nuage qui passe et suspend un court instant le déferlement caniculaire. L’ombre des branches reprend vite sa place sur le vieux mur. Poursuivant ma course dans l’espace, petite fourmi sur son gros caillou, je termine mon verre de sancerre, avec modération. Joie simple.



 

Quelques précisions supplémentaires…

La vie du soleil et son avenir tels qu’ils sont décrits ici, sont issus des différentes recherches sur le sujet, les scientifiques établissant ces prévisions par l’observation d’étoiles similaires à notre soleil, à différents stades de leur évolution.

Pour plus d’explications sur l’univers qui nous entoure et ses dimensions, le lecteur pourra consulter la chronique que Linutil y avait consacré : n° 266 « Le Voyage de Toto », en avril 2025.
 

Et la suite... ?

Si l’Humanité ne se détruit pas elle-même, il faudra bien un jour qu’elle quitte la planète-mère avant que celle-ci ne devienne invivable. Espérons qu’en ces temps futurs l’imminence d’une telle menace aura rapproché les peuples dans la résolution de ce (gros) problème. Cela ne sera possible que si les solutions technologiques sont dès à présent envisagées. Non que le temps presse : la Terre sera encore habitable pour l’homme durant environ 1,5 milliards d’années ! mais le défi est de taille.

Et c’est peut-être dans la littérature de science-fiction, laquelle a déjà évoqué à de multiples reprises un semblable sauvetage, que les scientifiques puiseront leur inspiration.

Mais ceci est une autre histoire et pourquoi pas le sujet d’une prochaine chronique ?


Texte et photos de Guy Robert, sauf mention contraire. Source d’information : Google et Wikipédia.
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